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Rencontre-débat à Paris sur le rôle des grands centres urbains dans le développement équilibré des territoires : regards croisés France-Maroc

Paris, 13 mars 2019
L'Ambassade du Maroc en France a organisé, mercredi soir, une rencontre-débat sur le rôle des grands centres urbains dans le développement équilibré des territoires, l’occasion pour différents intervenants de croiser leur regard et d’échanger idées et réflexion sur un sujet d'actualité qui intéresse aussi bien la France que le Maroc.

Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre d’un cycle de conférence initié par l’Ambassade marocaine, consacré au développement territorial, a été animée par le professeur Abdelaziz Adidi, ancien directeur de l’Institut National d’Aménagement et d’Urbanisme et Adil Jazouli, sociologue, conseiller auprès du Commissariat français à l’égalité des territoires.

Dans une intervention introductive de cette rencontre-débat, l’Ambassadeur du Maroc en France, M. Chakib Benmoussa a souligné l'importance de la thématique abordée qui est « un sujet d’intérêt aussi bien pour la France que pour le Maroc », des pays qui se sont inscrits dans un processus de réformes et ont ouvert des débats sur la place des territoires.

Selon M. Benmoussa, la coopération décentralisée constitue un axe d’approfondissement des relations entre les deux pays, « des relations d’exception qui s’expriment sous plusieurs canaux ». De plus, a-t-il dit, le Maroc a initié une coopération dans ce domaine avec l’OCDE. « C’est dire toute l’importance qu’accorde le Royaume à ce sujet », dans un contexte nouveau qui remet au centre le débat sur les questions de métropolisation.

Le Maroc se trouve actuellement en plein cœur d’un processus, et d’une dynamique de transition démographique avec une croissance de la population moins forte qu’auparavant mais qui se concentre dans les villes avec un taux d’urbanisation qui atteint les 60 pc aujourd’hui, a indique l'Ambassadeur du Maroc, affirmant que ce nouveau contexte crée de nouveaux enjeux pour le Maroc en termes de démocratisation, de participation citoyenne, de lisibilité et d’acceptabilité de la fiscalité, mais aussi des enjeux économiques en termes de capacités de création de valeur économique et d’emplois, sans oublier les enjeux sociaux et sociétaux.

Cette nouvelle donne pose également la question de l’appréhension de la cohésion et des liens sociaux, de l’équité et de l’égalité des chances, de distribution des richesses et de solidarité, a estimé M. Benmoussa.

Pour Adil Jazouli, la question « centrale » du développement des territoires « n’est jamais neutre », affirmant que le développement des territoires « n’est pas uniquement une affaire de l’Etat, mais également une affaire des élus, des citoyens ».

Grand défenseur de la thèse de métropolisation des villes, ce conseiller auprès du Commissariat français à l’égalité des territoires et spécialistes des banlieues populaires, estime que la métropolisation ne peut se faire que si l’on a une vision d’Archipel. « Il n’y a pas de développement urbain sans mutualisation des compétences et des visions », a-t-il estimé.

Selon lui, la politique de la ville ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une politique globale, affirmant qu’en France dans la question du développement des territoires « l’Etat n’a pas failli (…), alors que les territoires restent dépendants de la volonté de leurs élus et de leurs collectivités locales.

De son côté, Abdelaziz Adidi a estimé que malgré la différence des contextes, « le Maroc et la France partagent la même problématique mais pas les mêmes problèmes ». Le Maroc enregistre actuellement un taux d’urbanisation effréné qui est passé de 8 pc au début du siècle dernier à plus de 63 pc actuellement et pourrait dépasser, selon les projections du HCP, les 75 pc en 2040-2050, tandis que la population, estimée aujourd’hui à 34 millions d’habitants avec 20 millions d’urbains, devra atteindre les 44 ou 45 millions en 2050 avec 32 millions d’urbains, toujours selon le HCP.

Evoquant « un système urbain déséquilibré » avec une très forte concentration de la population et des activités économiques sur un axe ne dépassant pas les 130 kilomètres, le conférencier a souligné que 70 pc de la population du Maroc se concentre dans 5 régions sur les 12 que compte le pays. « C’est dire le caractère déséquilibré de l’urbanisation des villes au Maroc ». Selon M. Adidi, la métropolisation est en pleine marche au Maroc avec son lot de défis à relever, mais « une métropolisation qui n’est pas encore reconnue juridiquement, statistiquement et encore moins institutionnellement.

Et de relever que l’urbanisation effrénée au Maroc dérive sur le phénomène de littoralisation avec 55 pc de la population qui se concentre sur le littoral. Tout cela induit automatiquement la question de l’aménagement du territoire qui se pose de plus en plus avec acuité, a-t-il dit, estimant que le Maroc, a raté plusieurs rendez-vous sur cette question. « Il aura fallu attendre les années 2000-2004 pour voir éclore un débat national sur l’aménagement territoriale et pour la première fois on va parler, au Maroc, de la ville et de politique urbaine.

Dans une déclaration à la MAP, Adil Jazouli a estimé que « de l’expérience de la France en matière de politique de la ville, le Maroc peut s’inspirer. Mais comme les réalités sociales, économiques et culturelles son différentes et que l’histoire est différente, on ne peut pas dire que l’expérience de la France en la matière est bonne à reproduire au Maroc. Ce serait abusif !! ».

Selon lui, le monde se trouve dans une phase de civilisation où l’urbain prend le dessus. D’où la nécessité de penser l’urbain de façon plus cohérente ».

Dans une déclaration similaire, Abdelaziz Adidi a souligné que dans le domaine du développement territoriale, il y a beaucoup de similitudes entre le Maroc et la France dans les problématiques mais non pas dans les problèmes, des problématiques qui sont presque universelles.

« Aujourd’hui dans toutes les villes du monde se pose la question de la métropolisation et de l’extension sur les périphéries, mais les contextes différent d’un pays à un autre », a-t-il dit, soulignant que le Maroc est un pays qui a ses propres spécificités tant sur le plan géographique, climatique que celui socio-économiques ».

« Nous avons des particularités qui différent complètement de celles de la France. Et face à l’urbanisation effrénée que connait le Maroc, « il faut que les pouvoirs publics réfléchissent à une politique de la ville cohérente voire l’anticiper».

Selon lui, "il est encore temps de repenser notre modèle de développement urbain ainsi que notre système de planification urbaine", soulignant la nécessité pour le Maroc de "revoir toute la philosophie qui a prévalu jusqu'à présent en matière d'urbanisme et de planification".

Les débats suivant cette rencontre, modérée par le professeur Albert Sasson, membre fondateur de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, ont été marqués par les interventions du Directeur de l’Agence pour la promotion et le développement du Nord, Mounir El Bouyoussfi, et du Directeur de l’Agence pour la promotion et le développement des provinces du Sud, Jabrane Reklaoui, qui ont chacun livré un exposé sur l’expérience en matière de développement territorial, les réussites mais également les écueils, menée dans ces deux régions du Maroc, insistant sur l’importance des ressources humaines pour accompagner et répondre aux défis qui se posent en la matière.

Cette conférence-débat est la cinquième d’un cycle de conférence initié en 2018 par l’ambassade du Maroc en France et consacré au développement territorial. Ces conférences abordent la question du développement territorial sous différents angles pour mieux comprendre comment elle participe à la création de valeur et de richesse, et comment elle contribue à la cohésion sociale et participe à un développement durable.

La rencontre s’est tenue devant un parterre de personnalités composées de sénateurs, d’élus et de responsables territoriaux du Maroc et de France, d'universitaires, de diplomates et de présidents d’associations.